Archives expositions collectives 1er semestre 2015

ArtCatalyse-archives

Extraits du dossier de presse


Le château de Beaumanoir présente du 27 juin au 31 juillet l’exposition collective Next Minute Tourism, organisée par Annick et Louis Doucet. Elle présente diverses œuvres de récents diplômés de l’EESAB (Ecole européenne supérieure d’art de Bretagne) de Rennes, le commissariat de l’exposition étant assuré par l’un deux, Thierry Gilotte.


Le texte de Thierry Gilotte, commissaire de l’exposition, juin 2015


Chacun des artistes exposés dans Next Minute Tourism y a amené une oeuvre qui témoigne de cet univers personnel qu’il explore. Devant ce qui peut donc être considéré comme récits, souvenirs, documents ou trophées exotiques, le visiteur est invité à entrer avec curiosité et candeur sur ces terres étrangères pour en imaginer les contours, les plages, les habitants, les mythes…

Le château de Beaumanoir : c’est la portée symbolique du lieu d’exposition qui m’a amené à penser les artistes invités comme les ambassadeurs de ces univers qu’ils représentent. Les objets que vous y rencontrerez explorent les frontières du familier et de l’étrange, de la réalité et du fantasme. Ces confrontations s’inscrivent, pour nous six, dans le prolongement de nos recherches. Au cours de nos études communes à Rennes, nos échanges ont été féconds, comme pourrait l’être le dialogue de voyageurs qui se croisent au retour d’odyssées intérieures. J’ai tenu à rendre compte de cette diversité de nos pratiques par le choix des oeuvres exposées.

Chaque travail présenté ici dévoile donc un décor différent et une réalité autre, mais ils traitent tous de la façon dont nous vivons maintenant et de la façon dont nous pourrions ré-enchanter et réinventer la minute suivante.



























































.
















 







Antoine Bezet, La construction des mythes – 大同, Datong, 2015

Après être sorti du « siècle de l’humiliation » comme il l’a lui-même nommé, l’Empire du Milieu cherche à retrouver sa place dans le monde : la première. Pour cela, la Chine est prête à tout. Ce travail sur les mutations en cours dans la vieille ville de Datong est né de la surprise de l’artiste, lorsque qu’il fut spectateur de la construction d’un mythe et témoin de son prix.

Il s’agit ici alors de dévoiler la supercherie, avant que l’illusion ne soit complète, et de montrer ses effets sur les vies alentour. Mais les choix de transcription et d’exposition de ces recherches sont aussi le lieu d’une remise en question des mythes de l’art contemporain.

En effet, à partir d’une captation photographique, l’artiste propose une oeuvre hybride à la définition floue, entre photoreportage, photo d’art ou carte postale, installation et présentoir de cartes de visites auto-promotionnelles. Une oeuvre fragmenté constituée de 250 tirages autonomes. Petits formats, ils renvoient aux briques constituant la muraille. À l’infime, agglutiné, faisant masse.


Delphine Bonnet, Hiatus

Je cherche la vie vivante jusque dans les os. Il n’y a qu’une seule chose vivable et vivante : laisser la possibilité de l’absolu ouverte, tout le temps, ne jamais conclure, ne jamais rien achever, pas de promesse, pas d’échec, pas de menace, juste le vivant, toujours ouvert, ouvert, ouvert.

Lorette Nobécourt, in Grâce leur soit rendue.

Cette peinture appartient à la série Après la tempête qui tente de fixer et de retranscrire le paysage d’un instant bref qui nous échappe. Prendre le temps de regarder, de se laisser porter.

Les couches de peinture, les empreintes se superposent dans un processus continu de construction et d’effacement. Il y a là une recherche d’expression de la couleur et de la matière plus que de la forme.

Comme souvent, chez Delphine Bonnet, l’oeuvre naît de l’antagonisme de deux forces contradictoires : la maîtrise et l’abandon.


Hélène Farges, Glitchi

Composée d’argile, de bois et de pelures de fruits, Glitchi est une sculpture qui imite grossièrement une forme végétale. Tout en empruntant sa structure à une plante, cette composition reprend les codes formels de la sculpture traditionnelle.

Autant nature morte pétrifiée que plante exotique inconnue, il s’agissait d’assembler des éléments disparates pour créer une sculpture hybride, étrange et difficile à saisir. Les pelures de litchi utilisées sont à la fois familières et étranges. Ces peaux rugueuses qui renferment une chaire sensuelle et juteuse invitent l’imaginaire à fantasmer des univers lointains.

L’arbre à litchi est, pour l’artiste, un arbre inconnu. En se basant sur cette ignorance elle a laissé son imaginaire (empreint de toutes sortes de stéréotypes) composer un assemblage qui serait cet arbre. C’est l’écart entre la construction mentale d’une chose inconnue et la réalité de cette même chose qui a orienté  son travail.


Thierry Gilotte, Le complexe de Prométhée

Partant du mythe de Prométhée, titan mythologique qui apporte aux hommes la démesure du feu divin et l’intelligence technique, Thierry Gilotte imagine un pays dont la nature serait entièrement rationalisée, domestiquée, transformée en un ensemble d’outils.

Cette soumission de la nature à la raison, a priori libératrice et dans l’esprit des Lumières, l’homme la tente à l’aide de la technique. Ainsi, durant la réalisation de cette sculpture, chaque maillon taillé dans le bois gagne son individualité. Mais la répétition nécessaire des gestes met en scène une aliénation volontaire : c’est la technique qui dépasse le règne des moyens pour envahir le règne des fins. La sculpture Le complexe de Prométhée est comme un trophée ramené de ce pays prométhéen, preuve que l’enjeu majeur de la question de la technique, c’est la liberté du rapport établi avec elle.


Mael Le Golvan, Paysages hyperboréens

Ces photographies ont été réalisées en Norvège, au-delà du Cercle Polaire Arctique et en début d’été, durant la période nommée « jour polaire », lorsque la nuit ne tombe jamais. Le sujet est pourtant la nuit ou plutôt sa recréation, par la technique dite « nuit américaine ». De ce point de vue, ces paysages photographiques s’affirment comme des constructions, comme des fictions soulignées par certaines mises en scène. Loin d’être en osmose avec le paysage qui l’entoure, l’artiste est, non pas romantique, mais davantage une présence technique, un sujet prométhéen contredisant le réel, transformant le jour en nuit, rappelant ainsi le caractère construit de tous paysages, de toutes représentations.


Rémi Mort, Welcome back

Suite directe à Goodbye URSS, sculpture d’un bloc en ciment, Welcome Back est, selon les propos de l’artiste, une « sculpture à suspense, à être contée, mais surtout à venir découvrir. » Nous sommes ici face à un élément construit, à la croisée des chemins entre sculpture, maquette et architecture véritable.

Presque réduite à bonne échelle de ses habitantes, Welcome Back n’est pourtant pas à première vue un habitat naturel. Ce qui, à nos yeux convoite d’avantage le vocabulaire de l’ébauche ou de la ruine, offre cependant un bon nombre d’éléments nécessaires à la vie des Crematogoaster Scrutellaris. Une fourmi rouge et noire, fouisseuse, qui aime entre autre l’aridité des fissures de nos murs et pierres. Disposant de matériaux de construction adéquats, elle est libre de reconstruire synthétiquement ses galeries naturelles dans les excavations sculptées des étages de cette architecture. Une fois la protection de la reine et de son couvain assurée au coeur de la sculpture, nous pouvons observer ce réaménagement au fil du temps, étant donnée la population prolifique de la colonie.

La maquette elle, est une reconstitution d’après image du ministère de l’agriculture et de l’industrie alimentaire à Chisinau, en Moldavie. Cette architecture soviétique des années quatre-vingt quitte les codes du réalisme socialiste pour s’orienter davantage vers le style international. Elle s’inscrit parmi les constructions tardives du régime, au moment où le gouvernement ne peut plus asseoir sa doctrine es-thétique. L’artiste l’a sélectionnée dans la collection d’architectures rassemblée dans l’ouvrage Cosmic Communist Construction Photographed de Fréderic Chaubin. Sa façade reste massive et identitaire mais, habitée par des fourmis, elle peut également faire appel à des imaginaires tels que la nouvelle IGH (Immeuble de grande hauteur) de J. G. Ballard, qui lui seraient lointains s’il ne s’agissait pas de fourmis. L’échelle mise en place ici est une perspective parallèle du vivant dans nos constructions et nos usages. Là où il faudrait une ville entière pour mettre en place une utopie quelconque, ici une architecture seule prend forme. Avec l’espoir que dans certaines images prises par le spectateur, l’échelle sera faussée, l’élément construit passant du décor de terrarium au décor de cinéma, les fourmis, géantes.










  Next Minute Tourism
  Château de Beaumanoir

  27.06 - 31.07.2015

Exposition du 27 juin au 31 juillet 2015. Château de Beaumanoir - 22630 Evran. Tél.: 06 83 36 16 55 et 06 20 49 26 84. Ouverture du vendredi au lundi de 10h à 16h.



Next Minute Tourism, Château de Beaumanoir

© ArtCatalyse / Marika Prévosto 2015. Tous droits réservés