Archives expositions collectives 1er semestre 2013

Chemins de traverse

Dans cette partie, les notions d’égarement comme déplacement, exploration physique et quête incessante d’un ailleurs, comme fugue, fuite, figure de l’exil et de l’errance absolue, se croisent et interfèrent entre elles. La nécessité qui habite les artistes de sortir des chemins balisés, de porter leurs pas plus loin, s’exprime ici dans des œuvres jouant sur notre perception de l’espace, amplifiant notre sentiment de perte et de désorientation. Qu’ils arpentent ou qu’ils marquent physiquement les espaces naturels ou urbains (Javier Perez, Lucien Pelen, Charley Case, Francis Alÿs, Richard Nonas, Dominique Angel), ou qu’ils évoquent le déplacement par des artefacts - cartographie, maquette, archéologie, objets - (Stéphanie Nava, Philippe Ramette, Martine Feipel & Jean Bechameil, Katinka Bock, Arnaud Vasseux), ces artistes déploient de façon métaphorique, existentielle ou absurde une autre façon d’appréhender l’espace. Simple quête poétique ou recherche cognitive pour certains dont les pas entraînent la pensée, forme de résistance au point de vue unique pour d’autres ou réflexion sur des notions de déracinement et d’émigration (Barthélémy Toguo), l’égarement est une façon alternative d’envisager le réel et le monde.


En suspens

L’égarement bouleverse notre rapport familier au temps dont il fait éclater la linéarité pour introduire un sentiment de dématérialisation et d’impermanence, une perception discontinue et syncopée du cours de la vie. À l’image d’Ulysse, dérivant dans le champ clos de la Méditerranée, pris dans le flux insaisissable de la temporalité, comme prisonnier d’un temps suspendu, l’égarement nous propose une traversée du temps, faite de réminiscences et de traces, d’apparitions et de disparitions, de visions et d’apparences, de simulacres et de mystères. À la poursuite de sa propre jeunesse comme du temps réel qu’il ne retrouve pas, l’illustre voyageur revient finalement à son point de départ, mais il a vieilli entre-temps.

Dans l’exposition, certaines œuvres font office de points de passage, à la croisée de diverses temporalités, passés plus ou moins proches et futurs en devenir, elles agissent comme des seuils, des portes ouvertes sur la mémoire d'autres lieux, d'où émergent, ça et là, un certain trouble. Dans une sorte de spirale ascendante, l’installation de Rainer Gross nous relie au temps long et à l’architecture de la nature. Empruntant les chemins escarpés de la mémoire, les œuvres de Claire Fontaine, Hélène Delprat, Marie Goussé, Anne et Patrick Poirier, Christian Lapie et Didier Petit nous entraînent sur les traces d’histoires collectives ou individuelles et construisent de nouvelles fictions. Si Bertrand Gadenne dans sa vidéo Bougie étire le temps et le rend palpable, les films de Marion Tampon Lajariette nous enferment dans un espace-temps fictionnel, bouclé sur lui-même. Les œuvres de Dominique Petitgand et Jana Sterback utilisent la voix et l’odeur pour nous transporter dans une autre dimension et interroger la réalité tangible des êtres, tandis que celles de Sébastien Gouju, Olivier Millagou et Arnaud Maguet se plaisent à égarer le visiteur au gré de métamorphoses ludiques qui nous ramènent au temps de l’enfance et à la jeunesse.


Sans dessus-dessous


L’égarement constitue une expérience à vivre et à éprouver qui surprend, déroute et bouscule notre perception autant que nos certitudes face aux réalités concrètes. Troublantes, les œuvres réunies ici conduisent à une expérience visuelle déconcertante. Elles ont la puissance mystérieuse du trompe-l’œil ou du leurre (Michelangelo Pistoletto, Jérémie Setton), la magie de l’anamorphose ou de l’illusion optique (Markus Retz, Felice Varini, François Morellet), le pouvoir fasciant du surnaturel ou du paranormal (Claude Closky, Caroline Le Méhauté, Yves Chaudouët). Par les distorsions et les excentricités qu’elles proposent, elles possèdent également l’imperturbable et nécessaire humour vis-à-vis du réel (Marten Bass, Lilian Bourgeat, Gerlinde Frommherz).


Méandres intérieurs


Comme Ulysse dont les rêves scandent chaque étape de son errance, un lit géant évoque les aventures hallucinées de Little Nemo (Pascal Navarro) et les installations d’Alain Rivière et Anne Deguelle nous entraînent dans la nuit d’un sommeil troublant. Le château ménage dans ses recoins des apparitions fantomatiques. Marie-Ange Guilleminot invite ainsi le visiteur à un face-à-face intime et émotionnel. L’enchaînement des images liquides de la vidéo de Françoise Pétrovitch nous plonge dans une narration dérivante et hallucinée où se mêlent douceur et cruauté de l’enfance. Plus directement lié au corps et à sa « mécanique » interne, les délicates sculptures de Christophe Berdaguer et Marie Péjus, issues de tests psychologiques, pénètrent les profondeurs énigmatiques de l’homme à travers la pathologie. Enfin, épousant l’esthétique du studio Harcourt, les photographies de « L’homme sans tête » de Marie Aerts pousse à l’absurde la question de la notoriété et nous interroge sur notre identité sociale.


Communiqué de presse


Cette villégiature figée dans ses décors luxueux et vidée de ses usages et de ses habitants apparaît comme un site qui prédispose aux interrogations, aux fictions et aux allers et retours de la mémoire. Comme un écho au récit d’Ulysse et à sa tentative, chaque jour réinventée, de se remémorer sa patrie, ses racines et sa propre histoire, le château d’Avignon nous invite à remonter le cours du temps, à pister la mémoire évanescente qui parcourt les murs et s’inscrit en filigrane des bâtiments.


Le parcours se déploie autour de quatre figures thématiques, inséparables de l’égarement - l’espace, le temps, les sens et l’intériorité - qui dialoguent et s’entremêlent au rythme d’un parcours ménageant des échos entre les œuvres et les espaces du château.












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  Egarements

  Château d’Avignon, Les Saintes Maries de la Mer

  05.06 - 20.10.2013

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Exposition du 5 juin au 20 octobre 2013. Domaine du Château d’Avignon, RD 570 - 13460 Les Saintes-Maries-de-la-Mer. Tél.: +33 (0)4 13 31 94 54. Ouverture tous les jours sauf le mardi de 9h45 à 17h30.

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