Archives expositions collectives 2ème semestre 2015

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Le texte de Jean-Paul Blanchet


Malgré la progression des outils numériques, l’artiste plasticien reste un artisan (c’est-à-dire un empirique, quelqu’un qui façonne) plutôt qu’un ingénieur. Il exprime ce qui ne peut être dit ou montré avec les moyens ordinaires, à partir de ce qui est ou de ce que les gens croient ou imaginent être, craignent ou souhaitent qu’il soit. Sa fonction est aussi bien critique qu’anticipatrice. Son geste décide autant qu’il ne se pense. Avec cette constance que sa proposition paraît formellement toujours un peu décalée, à cause des écarts d’expression, même lorsqu’il s’agit d’aborder l’exception.


Les hommes rêvent d’une prégnance magique (ou scientifique) sur le monde, souhaitant toujours autre chose que ce qu’il est, parfois l’impossible. Face à eux, le monde, confronté à leurs désirs, à la recherche du plaisir, apparaît le plus souvent opaque. De cette opacité naît le sentiment d’absurde, expression d’un désir imprécis, excessif et certainement contrarié. L’artiste pratiquant le constat subjectif et la projection dans l’imaginaire, à la fois nombriliste et par construction distancié, révèle la faille, débusque les contradictions, les dit, les montre, les met en crise en exacerbant sur un mode ludique ou grave ce qu’elles dissimulent de non-dits ou recèlent de fantasmes.






















































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Dans les siècles antérieurs, nombre d’artistes, savants eux-mêmes ou perçus comme tels (à la mesure du savoir de l’époque), parce qu’ils maîtrisaient le trait, travaillaient avec les architectes, les urbanistes et les ingénieurs à la conception des monuments et des villes. Ils en dessinaient les formes ou imaginaient des machineries distrayantes, mettant en scène le merveilleux au service des pouvoirs, dans une vision prospective ou simplement amusante, mais jouant avec le surnaturel.


Aujourd’hui, certains, en plus de leurs propres réflexions sur le monde, travaillent avec des sociologues, des architectes, des physiciens, des informaticiens. Pour questionner et, peut-être- distraire par une pédagogie paradoxale, ils poussent les tendances (sociales, techniques ou scientifiques) vers des extrémités révélatrices, proches d’une réalisation fantasmatique ou paraissant absurde. Ils imaginent des contre-espaces qui n’ont d’assise que dans l’imaginaire.


L’artiste, lorsqu’il le veut bricoleur d’univers ou constructeur d’absurde, mène une aventure à la fois intellectuelle, émotionnelle et physique qui le conduit vers des frontières à risques, des zones prospectives aux limites incertaines. Des zones à contre-pied, souvent dérangeantes, qui mettent en cause des habitudes de regard, des stabilités de savoir sur lesquelles vogue ordinairement le monde.


Rappel : l’absurde est à l’intersection du signifiant et du signifié par un écart destructeur. L’utopie est au départ la volonté de construction d’une société idéale, qui ignorante de ses propres racines, relève en fait de l’imagination et du rêve.


L’exposition rassemble les travaux d’une vingtaine d’artistes bricolant des utopies sociales ou scientifique, construisant des machineries qui tournent et se retournent sur elles-mêmes, bidouillant des rêves de société idéale ou leur cauchemar.


Commissariat de l’exposition : Caroline Bissière et Jean-Paul Blanchet, assistés d’Eglantine Béiêtre.


Les artistes : Glen Baxter, Berdaguer & Péjus, Julien Berthier, Simon Boudvin, Alain Bublex, Robbie Cornelissen, David Coste, Nicolas Darrot, Dejode & Lacombe, Wim Delvoye, Eric Duyckaerts, Du Zhenjun, Cao Fei, Jean-François Fourtou, Yona Friedman, Aurélien Froment, Fabrice Gallis, Zacharie Gaudrillot-Roy, Paul Granjon, Thomas Huber, John Isaacs, Rémy Jacquier, Theo Jansen, Kirsten Johannsen, Filip Jonker, Ilya & Emilia Kabakov, Jan Kopp, Martin Le Chevallier, Jacques Lizène, Arnold Odermatt, Taiyo Onorato & Nico Krebs, Panamarenko, Robert & Shana ParkeHarrison, Philippe Ramette, Franck Scurti, Roman Signer, Laurent Tixador, Winshluss, Kacey Wong, Erwin Wurm.





  Constructeurs d’absurde, bricoleurs d’utopie
  Abbaye Saint-André, centre d’art de Meymac

  12.07 - 01.11.2015

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Exposition du 12 juillet au 1er novembre 2015. Abbaye Saint André – Centre d’art contemporain, place du Bûcher – 19250 Meymac. Tél.: +33 (0)5 55 95 23 30. Ouverture du mardi au dimanche de 10h à 13h et de 14h à 19h, à partir du 22 septembre de 14h à 18h.





Constructeurs d’absurde, bricoleurs d’utopie, Abbaye Saint-André, Meymac