Archives expositions collectives 2ème semestre 2015

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Sélection de quelques propositions de la Biennale de Melle, parmi beaucoup d’autres…


Gilles Clément | Toujours la vie invente, carte blanche, 2013-2015

Avec Toujours la vie invente, Gilles Clément nous introduit au coeur d’une pensée visionnaire fondée sur une écologie humaniste expérimentée depuis 1977 dans son jardin en mouvement de La Vallée dans la Creuse, qui a donné trois concepts-clés : le Jardin en mouvement, le Jardin planétaire, le Tiers-paysage. Une pensée axée sur de grands principes : « Observer avant d’agir », « Faire le plus possible avec la nature, le moins possible contre », « Ne plus se placer au-dessus de la Nature, mais dedans et avec », « Expérimenter des politiques nouvelles de gestion territoriales et sociétales ». Carte blanche, portrait et parcours d’un créateur hors norme, à la fois jardinier, paysagiste, entomologue, botaniste et écrivain.


Bill Viola | Tristan’s Ascension & Fire Woman, 2005 | Three Women, 2008

Sculpteur de temps, Bill Viola aime à le faire exister, durer, ralentir à l’extrême pour en montrer toutes les formes et les densités dans une oeuvre au rayonnement planétaire. Son oeuvre est construite sur la perception sensorielle de la condition humaine. Elle nous invite à un fascinant voyage introspectif et spirituel commun à tous. « On a en soi de l’ADN qui vient de nos parents, grands-parents, arrière-grands-parents et qui remonte à des peuples primitifs. L’expérience humaine est notre essence. »


Olivier Darné & Le Parti Poétique | Cultiver le ciel, installation in situ dans la ville, 2013

Plasticien-apiculteur depuis 20 ans à Saint-Denis, Olivier Darné se « pose » à Melle pour cultiver le ciel avec une ruche monumentale, une émergence de La Banque du miel créée en 2009 en Seine-Saint-Denis et développée par essaimage à Genève, Londres, Rouen, Paris, La Haye. Le projet artistique de La Banque du miel révèle l’abeille comme un nouvel indicateur de richesse des territoires. Les abeilles font bien plus que produire du miel. Elles développent depuis des millénaires un « Service public de pollinisation indispensable à la chaîne du vivant ». Cultiver le ciel est une « oeuvre lien » qui crée un réseau d’intérêts entre les fleurs, les abeilles, les apiculteurs, les acheteurs de miel, les sociétaires de La Banque du miel, la société civile et les agriculteurs du pays.


Kôichi Kurita | Bibliothèque de terres / Poitou-Charentes, installation, 2005-2015 I Lune, eau, terre, soleil, 108 terres du Japon, 2015

Kôichi Kurita célèbre la beauté de la terre. La planète est son terrain de curiosité. Quotidiennement, depuis 25 ans, Kôichi Kurita collecte des poignées de terre qui constituent son grand oeuvre : la Bibliothèque de terres du Japon, aujourd’hui composée de plus de 35 000 terres collectées dans les 3 233 communes de son pays. Chaque poignée de terre est une poignée de vie. En 2015, il présente à Melle la Bibliothèque de terres – Poitou-Charentes dans sa version définitive composée de 365 terres prélevées dans 84 villes et villages de la Vienne, 55 des Deux-Sèvres, 48 de Charente et 81 de Charente-Maritime. Réduites à l’état de pigments, elles sont contenues dans autant de flacons de verre gravés aux noms des communes.


Oscar Muñoz | Linea del destino, vidéo, 2006

Figure majeure de l’art contemporain en Amérique du Sud, Oscar Muñoz construit une oeuvre protéiforme qui évolue librement entre photographie, gravure, dessin, installation, vidéo, sculpture tout en abolissant les frontières entre ces pratiques par des procédés novateurs. Si Linea del destino (2006) renvoie à l’apparition, à la disparition, « à la tentative d’appréhender une image qui refuse d’être fixée », elle nous plonge bien au-delà. Sur un écran, une main remplie d’eau, le visage d’Oscar Muñoz se forme et disparaît. Au-delà du miroir, dans cette poignée d’eau évanescente, se tiennent et s’écoulent indissociablement source de vie et flux du temps.


Laurent Millet | Les pierres constellées, 2008 et L’herbier, 2007 et 2012

Laurent Millet est, en photographie et vidéographie, « le disciple de ces inventeurs de machinations métaphoriques mises en scène par Raymond Roussel » comme le désigne justement Jean-Paul Fargier. Dans ses images, il y a des pierres, des bouts de bois, des fleurs, de l’eau, des trous noirs... Se jouent là des scènes à caractère chamanique : attrapeur de nuages, collectionneur de pierres, dompteur de marées… « Des cartes stellaires affleurent à la surface des blocs isolés dans la nuit, renvoyant la lumière du flash, dressant ces pierres pour ce qu’elles sont : des mondes en soi. » Quant à L’Herbier, il fait pousser un curieux jardin intérieur, en treize planches mêlant anatomie et botanique, photographie et dessin.


Dominique Robin | Oil, photographies, 2014

Avec cette série de photographies Oil réalisée dans son jardin au bord du Clain, Dominique Robin montre l’irreprésentable de la grande boucle du vivant, du carbone fossile à l’éclosion et la disparition d’un bouton d’or. Il raccorde ainsi jusqu’à huit cents millions d’années. La couleur du ciel, les arbres, les fleurs se réfléchissent et s’enfoncent, s’engloutissent dans un miroir noir, dispositif qui rappelle la pratique des peintres romantiques au XVIIIe siècle. En fait, ce miroir est une huile de vidange, matériau issu du pétrole, énergie « fossile », non renouvelable.





Karine Bonneval | Portraits botaniques, installation sonore, plantes, cartes et atlas, création 2015 I La grande tisane, in situ, création mai 2015

Karine Bonneval a vécu un choc lors de sa première incursion dans la forêt tropicale en Guyane, comme si elle avait été avalée par un organisme vivant. Depuis, ses travaux montrent les liens qui unissent l’humain au végétal et soulignent combien les plantes sont des êtres vivants à part entière. Elles vagabondent, migrent, s’installent : les humains aussi. Karine Bonneval a généré des greffes et conçu des projets collaboratifs. 20 élèves se sont racontés à travers une plante qui a marqué leur vie. Résultat : un étonnant face-à-face de « belles plantes humaines et végétales » en vingt Portraits botaniques sonores qui racontent la richesse de notre biodiversité.


Manuela Marques | Fruit 1 2 4, photographies, 2015

Manuela Marques explore des fragments de nature, des arbres, des pierres, de l’eau, du feu, de l’air, des fruits, des visages, des mains, des gestes. Ses photographies nous restituent des expérimentations, des relations, des rapprochements. Dans ses plans serrés se lit le désir de saisir un détail du monde visible…, en saisir des parcelles pour en dévoiler de nouvelles perceptions. Les images présentées à Melle, gorgées d’ombre et de lumière, nous hissent dans l’épaisseur et la splendeur floues des graines, des fleurs, des fruits…


Patricia Cartereau | Paysages mouvants, aquarelles, 2015

Patricia Cartereau marche pour « appeler les images ». La marche précède la peinture et la fait advenir. Elle observe, cherche les traces des animaux, du passage des hommes, du passage du temps. De retour dans l’atelier, comment, par le travail du geste et de la matière, parvenir à appréhender ce réel, et à le transformer en un ailleurs ? « Par des techniques de superpositions, de changements d’échelle et de transparences, s’établissent des liens souvent fantasmatiques entre mes différents motifs, qu’ils soient minéraux, humains, animaux, végétaux. » À la source des quatorze Paysages mouvants, plusieurs immersions et marches dans les Pyrénées et la sensation d’un territoire démesuré.


Sylvain Soussan | États du ciel, installation in situ, création 2015

Sylvain Soussan est depuis 1988 le créateur et secrétaire perpétuel du Musée des Nuages. Un musée de plein air qui cependant dépasse l’imagination, puisque le ciel est sa cimaise et que les nuées forment son patrimoine. Les nuages sont des châteaux d’eau suspendus, emportés par des vents qu’aucune frontière ne contraint. Avec l’exposition États du ciel, Sylvain Soussan nous invite à les observer de plus près encore afin de montrer les représentations du temps, dans le temps ! Trente panneaux, répartis entre Melle et Saint-Martin-lès-Melle, réunissent des reproductions relatives à l’histoire de l’art, à la météorologie et à notre relation aux phénomènes célestes.


Pascal Colrat, 50 rêveries dessinées et Citations-images, création 2015

C’est la photographie et l’affiche qu’a choisi Pascal Colrat comme moyen de création et de diffusion de ses images. Dans une toute nouvelle série commencée en septembre 2014, comme pour se tenir à distance de l’agitation collective, l’artiste renoue avec le dessin. Un dessin légendé, à lire comme un journal. Pascal Colrat invite à une promenade avec un rêveur solitaire qui cherche à comprendre le monde. Cette balade tendre et poétique se construit en une cinquantaine de dessins en noir et blanc égrainés dans la ville. On y découvre « l’homme qui aimait la pluie », « L’homme qui écoutait la terre lui parler », « L’homme qui regardait les étoiles à la loupe », « L’homme qui s’était inventé un outil pour repousser les nuages ». Dans les rues affleurent de nouvelles citations mises en images… d’Aimé Césaire, Gilles Clément, Alain Cugno, Raoul Vaneigem.


Les peintres paysans Walli

Au Sud-ouest de l’Inde, dans l’Etat de Maharashtra, dans le district de Thané, à 150 km au nord de Mumbai, vivent les Warlis, premiers habitants de cette région. Ils forment un peuple de 600 000 personnes. Agriculteurs éleveurs, c’est leur art qui les a fait connaître. Animistes, les Warli vénèrent tous les éléments de la nature. L’art Warli est ancestral et traduit leur représentation du monde. Un monde « enchanté », riche de symboles qui évoquent le lien originel sacré avec la nature, avec la forêt, les animaux, la terre-mère et les différents dieux protecteurs en symbiose avec la vie des femmes et des hommes. Leurs peintures rituelles sur les murs intérieurs des maisons sont originellement le fait exclusif des femmes. Pour valoriser l’art Warli, en 1974, le gouvernement indien invite les femmes à peindre sur toile. Les hommes se joignent à elles. Les voici peintres paysans. Dans une lumineuse sobriété, leurs peintures au trait blanc, sur fonde de terre ou bouse de vache, délivrent des pans de vie quotidienne au village, les travaux des champs, les mariages, les mythes à partir d’un vocabulaire graphique simple - cercle, triangle, ligne.




  Jardiniers terrestres / Jardiniers célestes
  7ème Biennale internationale d’art contemporain, Melle

  11.07 - 20.09.2015

Message de Dominique Truco, Directrice de la Biennale

« Il n’y a pas de culture sans une part reconnue au rêve, à l’impossible. C’est elle seule qui rendra possible l’œuvre jamais encore dite, jouée, chantée, montrée ; c’est elle qui nous portera, les soirs de grâce, au-dessus de nous-mêmes. » Jacques Rigaud, Libre culture (Gallimard, 1990).


« En nous l’homme de tous les temps. En nous tous les hommes. En nous l’animal, le végétal, le minéral. L’homme n’est pas seulement homme. Il est univers ». Aimé Césaire, Poésie et Connaissance, Aimé Césaire, Revue Tropiques


Constellation de sens et d’étonnements, la VIIe Biennale internationale d’art contemporain de Melle 2015 s’invente sur cette pensée d’Aimé Césaire, au double engagement poétique et politique, qui a fait de son œuvre l’odyssée d’une prise de conscience. Loin de tout anthropocentrisme, cette pensée met en acte une éthique et une esthétique de la corrélation, de la coopération, de l’interaction, de l’interdépendance du vivant sur la planète et replace l’homme dans l’univers, au cœur du mouvement vital, les pieds sur terre, au balcon de l’infini qui borde nos existences.






















































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Exposition du 11 juillet au 20 septembre 2015. Melle (79500), divers lieux intérieurs et extérieurs.




Biennale de Melle, Jardiniers terrestres / Jardiniers célestes

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